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[Paris • France]

 

Construite autour de Condition de l’homme moderne d’Hannah Arendt et d’un groupe de sirènes dans un film récent du Karrabing Film Collective, “Le Retour du Monde” entame une discussion sur la terre toxique en distinguant, la terre dans sa globalité (whole earth), gaia (du grec : la vie, l’origine et la génitrice de la vie) et les mondes (worlds) autonomes. Comment la toxicité donne-t-elle tort à ces trois éléments? Le terme « retour » dans le titre de la conférence pourrait évoquer quelque chose faisant jadis partie de la théorie occidentale, qui avait été oublié ou perdu, mais qui est désormais revenu tel un fils prodigue. Mais qu’est-ce qui revient, qu’est-ce qui n’est jamais parti, et où ? Et si les sirènes n’avaient jamais disparu sous l’assaut des colons modernes, ou n’étaient jamais revenues avec le désenchantement face au rationnel? Et si les sirènes avaient continué à traverser le paysage, malgré des voyages altérés par les actes toxiques du colonialisme, de l’industrialisme et leur valorisation ? En d’autres termes, comment les imaginaires de la terre entière (earth), des mondes autonomes (worlds) et de gaia cachent autant qu’ils dévoilent de grandes parties de l’existence qui n’ont jamais été enchantées, plutôt désenchantées, comme le réalisateur afroaméricain Charles Burnett l’a évoqué dans son film Killer of Sheep, luttant en vue de se protéger et de survivre dans un contexte en perpétuel changement de racisme toxique et de colonialisme de peuplement.

 

Elizabeth Povinelli est professeure d’anthropologie à l’université Columbia de New York. Ses écrits portent sur le développement d’une théorie critique du libéralisme tardif en faveur d’une anthropologie de l’autremode, principalement formée par les traditions du pragmatisme américain et de la théorie immanente continentale, et inscrite dans la circulation des valeurs, des matérialités, et des socialités. Cette théorie potentielle s’est déployée grâce à une relation durable et entretenue avec des collègues autochtones du nord de l’Australie et à travers cinq livres, de nombreux articles et quatre films avec le Karrabing Film Collective. Son ouvrage «Geontologies: A Requiem to Late Liberalism» lui a valu de remporter le Prix Lionel Trilling du Livre de 2017. Les films Karrabing ont reçu le Visible Award et le Prix du meilleur court-métrage de fiction de Cinéma Nova en 2015 au Festival international du Film de Melbourne, et ont été montrés à l’échelle internationale, notamment lors de la Berlinale Forum Etendu, la Biennale de Sydney, le MIFF, la Tate Modern, la manifestation documenta-14, et la Biennale Contour.

Conférence enregistré dans le cadre d'une série de rencontres avec Elizabeth Povinelli, organisé par Université Paris 1 – Ecole des arts de la Sorbonne. Enregistré le 6 mars 2018 à Paris 1 – Ecole des arts de la Sorbonne