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AKIMBO : SEX IS. Art queer et activisme culturel à San Francisco, 1989-1991

 

Le collectif Boy with Arms Akimbo / Girl with Arms Akimbo, formé à San Francisco en 1989 en réaction à l’annulation de l’exposition de Robert Mapplethorpe à la Corcoran Gallery et dans le contexte meurtrier de l’épidémie du SIDA, a couvert pendant deux ans le paysage urbain de posters photocopiés questionnant les passants sur leurs représentations des sexualités. Reconnu.e.s à l’époque comme activistes culturels et invités en tant qu’artistes par l’institution (San Francisco Arts Commission Gallery, Berkeley Art Museum, Drawing Center New York), l’engagement politique du groupe s’est formalisé par des inventions plastiques marquantes qui s’inscrivaient dans l’appropriationnisme et la critique institutionnelle. Leur propos résolument pro-sexe, leur refus de nommer un.e porte-parole ou de sortir de l’anonymat jusqu’à aujourd’hui, leur volonté de conserver leurs inventions visuelles en copyleft afin de permettre au plus grand nombre de s’en saisir, en font un cas d’étude passionnant pour la définition d’un art queer qui valorise le collectif et l’élaboration de représentations diversifiées des corps et des sexualités.

 

Née en 1979, Isabelle Alfonsi est diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de University College à Londres. Depuis novembre 2009, elle co-dirige Marcelle Alix, galerie d’art contemporain située à Belleville. En 2014-2015, elle élabore un cycle de conférences sur le genre et l’art à l’invitation du Crédac-centre d’art contemporain d’Ivry-sur-Seine. Une bourse de recherches du Centre National des Arts Plastiques lui permet de compléter ses recherches sur le groupe activiste Akimbo à San Francisco en 2016, en vue de la publication d’un ouvrage sur l’art contemporain queer (titre provisoire : Pour une esthétique de l’émancipation) à paraître aux éditions B42 en 2017.

Enregistré le 5 décembre 2016 à l'École du Louvre.

Politiques des représentations et des sensations sexuelles : épistémologie des porn studies

Un nouveau courant d’étude des représentations sexuelles – les porn studies – émerge dans les années 1980 entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, sur les cendres encore chaudes des sex wars qui opposent mouvements anti-pornographie et mouvements anti-censure. Du nu artistique au spam porno, les porn studies prennent à bras-le-corps toutes les formes de représentation sexuelle, sans distinction moraliste ou élitiste. Sans se limiter à l’objet culturel « pornographie », elles renouvellent plus largement les approches féministes des dimensions sexuelles de la culture populaire, des technologies de communication et des industries culturelles et créatives. Nous reviendrons d’abord sur deux moments fondateurs des porn studies : la photographie de l’hystérie de Jean-Martin Charcot vue par Linda Williams et les photographies de nus noirs masculins de Robert Mapplethorpe vues par Kobena Mercer. La présentation de recherches contemporaines sur la pornographie en ligne nous permettra ensuite de comprendre comment les porn studies se déplacent aujourd’hui des enjeux de représentation vers les questions d’affect et de redistribution.

Directeur de l’ouvrage « Cultures pornographiques. Anthologie des porn studies » (Éditions Amsterdam, 2015), Florian Vörös enseigne la sociologie de la culture et de la communication et a réalisé une thèse sur les usages de la pornographie et les constructions de la masculinité à l’IRIS-EHESS.

Enregistré le 4 juin 2015 à l'École du Louvre.