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Passagers clandestins : Laura Huertas Millán : Voyage en la terre, autre­ment dite

[Paris • France]

 

Projection et dis­cus­sion avec l’artiste autour de son film.

 

Accompagnant les conquê­tes impé­ria­les, les récits de voya­ges d’explo­ra­tion natu­relle et eth­no­gra­phi­que par­ti­ci­pent à l’inven­tion des ter­ri­toi­res colo­ni­sés. La récur­rence de cer­tains tropes, une dra­ma­tur­gie pres­que géné­ra­li­sée qui laisse surgir ce monde nou­veau pour les Occidentaux, laisse per­ce­voir à quel point les atten­tes des voya­geurs impé­riaux façon­nent leur objet.

 

Voyage en la terre autre­ment dite se base sur un corpus large de ces récits d’explo­ra­tions et s’inter­roge sur la per­sis­tance des ima­gi­nai­res exo­ti­sants dans le cinéma contem­po­rain. Il est entiè­re­ment tourné dans le huis clos d’une serre équatoriale à Lille, cons­truite en 1970 par l’archi­tecte Jean-Pierre Secq. Tout comme il reve­nait aux « eth­no­lo­gues en fau­teuil » (arm­chair eth­no­lo­gists) de cano­ni­ser un savoir sur les terres colo­ni­sées et leurs habi­tant.e.s, l’ima­gi­naire des Amériques se com­pose ici au tra­vers de récits qui pré­fi­gu­rent le regard. Le film inves­tit cet ima­gi­naire et vient aus­si­tôt le dés­ta­bi­li­ser en intro­dui­sant des déca­la­ges, des camou­fla­ges et des irri­ta­tions, mineu­res et majeu­res.

 

Laura Huertas Millán (1983) est une artiste et réa­li­sa­trice franco-colom­bienne. Elle est diplô­mée de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et du Fresnoy et détient un doc­to­rat d’art et de créa­tion por­tant sur les fic­tions eth­no­gra­phi­ques (ENS Ulm, Beaux-Arts de Paris). En 2014 elle a été cher­cheuse invi­tée au Sensory Ethnography Lab. Entre 2014 et 2017, elle a été cher­cheuse invi­tée au Film Study Center de la Harvard University. Ses films sont dif­fu­sés au cinéma et dans des ins­ti­tu­tions artis­ti­ques. Son der­nier film, Sol Negro (2016) a été récom­pensé au FIDMarseille (France), à Doclisboa (Portugal) et au Fronteira Film Festival (Brésil). Les tra­vaux de Laura Huertas Millán entre­la­cent les genres, mêlant docu­ments et dif­fé­ren­tes formes de fic­tion. Utilisant l’écriture comme une exten­sion de sa pra­ti­que ciné­ma­to­gra­phi­que, elle a récem­ment publié dans Spike Art Quarterly en col­la­bo­ra­tion avec Raimundas Malasauskas.

Passagers clan­des­tins — Teresa Castro : Le cinéma et quel­ques-unes de ses fables végé­ta­les (Discussion)

[Paris • France] 

 

Au cinéma, le végé­tal s’anime : les arbres dan­sent, les cham­pi­gnons fré­mis­sent et les fleurs tour­noient. Grâce à ses res­sour­ces expres­si­ves et à sa puis­sance fabu­la­trice, le cinéma – médium de la moder­nité et avatar de l’objec­ti­vité – devient ainsi, et para­doxa­le­ment, le divul­ga­teur de « l’âme végé­tale », bou­le­ver­sant les fron­tiè­res du vivant et engen­drant des inten­tion­na­li­tés plus ou moins sur­pre­nan­tes. En par­tant de quel­ques exem­ples très divers, du cinéma scien­ti­fi­que aux films de série B, cette pré­sen­ta­tion se pro­pose d’explo­rer quel­ques-unes des fables végé­ta­les fabri­quées par le cinéma, en met­tant l’accent sur la façon dont celles-ci asso­cient par­fois le végé­tal et le fémi­nin.

 

Teresa Castro est Maître de confé­ren­ces en études ciné­ma­to­gra­phi­ques et audio­vi­suel­les à l’uni­ver­sité Sorbonne Nouvelle – Paris 3. Ancienne cher­cheuse post-doc­to­rante au musée du quai Branly et au Max Planck Institute for the History of Science de Berlin, elle a publié La pensée car­to­gra­phi­que des images. Cinéma et culture visuelle (2011) et codi­rigé avec Maria do Carmo Piçarra (Re)ima­gi­ning African Independence : Film, Visual Arts and the Fall of the Portuguese Empire (2017). Sa recher­che actuelle porte sur les liens entre cinéma et ani­misme.

Passagers clan­des­tins — Teresa Castro : Le cinéma et quel­ques-unes de ses fables végé­ta­les

[Paris • France] 

 

Au cinéma, le végé­tal s’anime : les arbres dan­sent, les cham­pi­gnons fré­mis­sent et les fleurs tour­noient. Grâce à ses res­sour­ces expres­si­ves et à sa puis­sance fabu­la­trice, le cinéma – médium de la moder­nité et avatar de l’objec­ti­vité – devient ainsi, et para­doxa­le­ment, le divul­ga­teur de « l’âme végé­tale », bou­le­ver­sant les fron­tiè­res du vivant et engen­drant des inten­tion­na­li­tés plus ou moins sur­pre­nan­tes. En par­tant de quel­ques exem­ples très divers, du cinéma scien­ti­fi­que aux films de série B, cette pré­sen­ta­tion se pro­pose d’explo­rer quel­ques-unes des fables végé­ta­les fabri­quées par le cinéma, en met­tant l’accent sur la façon dont celles-ci asso­cient par­fois le végé­tal et le fémi­nin.

 

Teresa Castro est Maître de confé­ren­ces en études ciné­ma­to­gra­phi­ques et audio­vi­suel­les à l’uni­ver­sité Sorbonne Nouvelle – Paris 3. Ancienne cher­cheuse post-doc­to­rante au musée du quai Branly et au Max Planck Institute for the History of Science de Berlin, elle a publié La pensée car­to­gra­phi­que des images. Cinéma et culture visuelle (2011) et codi­rigé avec Maria do Carmo Piçarra (Re)ima­gi­ning African Independence : Film, Visual Arts and the Fall of the Portuguese Empire (2017). Sa recher­che actuelle porte sur les liens entre cinéma et ani­misme.

[Paris • France]

 

À l’époque où la bota­ni­que fai­sait partie inté­grante des explo­ra­tions trans­at­lan­ti­ques, la jeune pay­sanne et her­bo­riste Jeanne Baret se tra­ves­tis­sait en valet de son maitre et amant, le bota­niste Philibert Commerson, et embar­quait à bord de L’Étoile, l’un des navi­res de l’expé­di­tion de Bougainville (1766-1769). Voyageuse impé­riale, ce per­son­nage clé de l’expo­si­tion de Candice Lin, A Hard White Body (Un corps blanc exquis), occupe une place trou­ble et ambi­guë : par son voyage, elle reven­di­quait la pos­si­bi­lité d’un hori­zon de vie alors défendu aux femmes. Cependant, elle contri­buait par là à l’entre­prise impé­riale de conquête du monde ainsi qu’à la colo­ni­sa­tion du savoir par la clas­si­fi­ca­tion des plan­tes qu’elle col­lec­tait dans les Amériques et les îles de l’océan Indien.

 

L’acti­vité de Baret amène au cœur de la connexion entre plan­tes et empire, entre projet occi­den­tal et mas­cu­lin de domi­na­tion et résis­tan­ces rusées, mul­ti­ples et pra­ti­ques. Établissant des connexions trans­at­lan­ti­ques, les voya­ges d’explo­ra­tions ne se résu­maient jamais à des cir­cu­la­tions à sens unique. Au contraire, parmi les pas­sa­gers clan­des­tins se trou­vent outre les humains voya­geant en cachette, ou sous cou­vert d’une iden­tité emprun­tée, des grai­nes, des semen­ces, des bac­té­ries et virus, des plan­tes et ani­maux qui se dis­sé­mi­nent de part et d’autres de l’océan. Puissances indomp­ta­bles, ces corps sans pas­se­ports ni fiche d’inven­taire débor­dent la volonté de mai­trise, se par­sè­ment, s’incrus­tent et se démul­ti­plient en inte­rac­tion avec leurs terres d’accueil.

Bathing in Contagious Liquids — Discussion autour du film «Maldito sea tu nombre, liber­tad»

[Paris • France]

 

[ Son en français et en anglais ]

 

17h30 Élisabeth Lebovici et Clara López Menéndez échangeront autour du film de Vladimir Ceballos, des « liqui­des pré­cieux » ana­ly­sés par Lebovici dans son récent ouvrage Ce que le sida m’a fait : art et acti­visme à la fin du XXe siècle (Paris, Les pres­ses du réel, 2017), et de la poro­sité, la fra­gi­lité et la rela­tion­na­lité des corps.

 

La confron­ta­tion entre le bloc capi­ta­liste et le bloc com­mu­niste a pris fin en 1989. Alors que Cuba, hau­te­ment dépen­dante du sou­tien sovié­ti­que, en a été for­te­ment dés­ta­bi­li­sée, le gou­ver­ne­ment de Fidel Castro a raf­fermi son insis­tance sur les valeurs socia­lis­tes telles que défi­nies par le parti. Celles-ci contras­taient avec les goûts musi­caux et esthé­ti­ques de jeunes cubain.es pas­sioné.es de rock appelé.es roquer@s, consi­déré.es par les auto­ri­tés comme por­tant l’indi­vi­dua­lisme et la disi­den­cia, et sévè­re­ment réprimé.es en consé­quence.

 

En réponse au har­cè­le­ment poli­cier envers cette sub­culture, plu­sieurs de ses mem­bres ont décidé de s’ino­cu­ler volon­tai­re­ment le VIH pour échapper au ser­vice mili­taire, au tra­vail forcé ou à l’empri­son­ne­ment. Ils et elles ont vécu leurs cour­tes vies dans les sana­to­riums créés par le gou­ver­ne­ment cubain pour conte­nir l’épidémie. Maldito sea tu nombre, liber­tad est un pré­cieux docu­ment attes­tant de ce phé­no­mène comme d’une réponse à la répres­sion poli­ti­que. Tourné en secret avec peu de moyens le temps d’un week-end dans la pro­vince cubaine de Pinar del Río en 1994, ce film pré­sente une des quel­ques rares traces de cette tra­gé­die sociale com­plexe.

Bathing in Contagious Liquids — Intro du film «Maldito sea tu nombre, liber­tad»

[Paris • France]

 

[ Son en français et en anglais ]

 

16h30 Projection de Maldito sea tu nombre, liber­tad de Vladimir Ceballos, USA, 1994, espa­gnol sous-titré anglais, 61’

 

La confron­ta­tion entre le bloc capi­ta­liste et le bloc com­mu­niste a pris fin en 1989. Alors que Cuba, hau­te­ment dépen­dante du sou­tien sovié­ti­que, en a été for­te­ment dés­ta­bi­li­sée, le gou­ver­ne­ment de Fidel Castro a raf­fermi son insis­tance sur les valeurs socia­lis­tes telles que défi­nies par le parti. Celles-ci contras­taient avec les goûts musi­caux et esthé­ti­ques de jeunes cubain.es pas­sioné.es de rock appelé.es roquer@s, consi­déré.es par les auto­ri­tés comme por­tant l’indi­vi­dua­lisme et la disi­den­cia, et sévè­re­ment réprimé.es en consé­quence.

 

En réponse au har­cè­le­ment poli­cier envers cette sub­culture, plu­sieurs de ses mem­bres ont décidé de s’ino­cu­ler volon­tai­re­ment le VIH pour échapper au ser­vice mili­taire, au tra­vail forcé ou à l’empri­son­ne­ment. Ils et elles ont vécu leurs cour­tes vies dans les sana­to­riums créés par le gou­ver­ne­ment cubain pour conte­nir l’épidémie. Maldito sea tu nombre, liber­tad est un pré­cieux docu­ment attes­tant de ce phé­no­mène comme d’une réponse à la répres­sion poli­ti­que. Tourné en secret avec peu de moyens le temps d’un week-end dans la pro­vince cubaine de Pinar del Río en 1994, ce film pré­sente une des quel­ques rares traces de cette tra­gé­die sociale com­plexe.

[Paris • France]

 

[ Son en français et en anglais ]

 

15h30 Introduction et mot de bien­ve­nue par Lotte Arndt et Lucas Morin (com­mis­sai­res de l’expo­si­tion)

 

Dans l’expo­si­tion de Candice Lin, des liqui­des en cir­cu­la­tion lient corps animés et ina­ni­més, fai­sant réson­ner des récits dis­tants en appa­rence. L’océan Atlantique, pré­sent à tra­vers les his­toi­res déve­lop­pées dans l’expo­si­tion, contient la mémoire des afri­cain.e.s escla­va­gisé.e.s jeté.e.s par dessus bord par les négriers, vou­lant ainsi tou­cher des primes d’assu­rance. C’est ce même océan que l’écrivain James Baldwin a tra­versé pour s’éloigner pen­dant des années du racisme sys­té­mi­que pré­va­lant aux Etats-Unis et le dénon­cer en se concen­trant sur l’écriture.

Les liqui­des cons­ti­tuent les corps et en brouillent les limi­tes. Dans l’espace d’expo­si­tion, un mélange de pisse dis­til­lée, d’eau de la Seine et de plan­tes infu­sées est pompé vers un sys­tème de bru­mi­sa­tion qui main­tient une cham­bre en por­ce­laine non-cuite dans un état d’humi­dité. L’air moite et odo­rant pro­duit par ce sys­tème emplit la pièce et met en jeu tous les corps pré­sents, indif­fé­rem­ment de leur statut d’ani­méité.

 

Les tra­vaux des inter­ve­nan­tes invi­tées por­tent sur les liqui­des et leurs usages artis­ti­ques, en par­ti­cu­lier l’impact de l’épidémie de sida, ainsi que les pra­ti­ques queer et fémi­nis­tes dans le champ de l’art et au-delà.

Precarious Homes — Discussion autour du film « Kirik Beyaz Laleler (Off-White Tulips) »

[Paris • France]

 

[ Son en anglais ]

 

17h30 Discussion autour du film « Kirik Beyaz Laleler (Off-White Tulips) » d’Aykan Safoğlu, TUR/GER 2013, turc sous-titré anglais, 24 min

 

Dans cet essai fil­mo­gra­phi­que dense, Aykan Safoğlu entre­mêle des éléments du récit datant de l’époque où James Baldwin résida en Turquie avec des éléments auto­bio­gra­phi­ques. Entre 1961 et 1971, l’écrivain Noir amé­ri­cain a passé une partie impor­tante de son temps en Turquie, lui offrant l’espace néces­saire pour se consa­crer à l’écriture. Bien qu’il fut cha­leu­reu­se­ment accueilli par ses amis turcs, par la com­mu­nauté d’artis­tes et d’écrivain.e.s, il fit également l’expé­rience du racisme et fut sévè­re­ment battu durant son séjour. Comme le sug­gère Magdalena J. Zaborowska dans son étude des liens tissés par Baldwin en Turquie, ses séjours lui ont permis de « se réin­ven­ter en tant qu’écrivain Noir et queer et de reconsi­dé­rer sa concep­tion de l’iden­tité amé­ri­cain et des rela­tions racia­les états-unien­nes alors que les années 60 tou­chaient à leur fin. » Safoğlu lui même gran­dit à Istanbul dans les années 1980 et 1990. À l’âge adulte, il quitta la Turquie pour Berlin, ville qui lui pro­cura davan­tage de pos­si­bi­li­tés pour com­bler ses aspi­ra­tions d’artiste queer, mais fut exposé à la pré­ca­rité des permis de rési­dence de courte durée et au racisme en Allemagne.

 

À partir d’archi­ves, le réa­li­sa­teur entre­lace les évolutions artis­ti­ques de Baldwin, des repré­sen­ta­tions de l’écrivain par des artis­tes (parmi les­quel­les l’un des célè­bres tableaux de Beauford Delaney, et une pho­to­gra­phie de Sedat Pakay), et des traces de son enfance et de son ado­les­cence. Des stra­té­gies de résis­tance face au racisme et à l’homo­pho­bie sont pré­sen­tes dans ce récit. Alors que Safoğlu pointe l’attrait pour la blan­cheur et la blon­deur pré­sent dans la culture popu­laire turque et amé­ri­caine des années 1990 ; il prend cons­cience du conflit qui existe entre ses pro­pres désirs sexuels et les repré­sen­ta­tions hété­ro­nor­ma­ti­ves. Sur son statif de repro­duc­tion, Safoğlu initie un dia­lo­gue trans­his­to­ri­que avec Baldwin per­met­tant de faire réson­ner les choix et les expé­rien­ces de l’écrivain avec les siens.

 

Récompensé au Festival International du Court-Métrage de Oberhausen en 2013. Le film pro­jeté a été sélec­tionné par Clara López Menéndez.

Precarious Homes — Introduction du film « Kirik Beyaz Laleler (Off-White Tulips) »

[Paris • France]

 

[ Son en anglais ]

 

17h00 Projection de « Kirik Beyaz Laleler (Off-White Tulips) » d’Aykan Safoğlu, TUR/GER 2013, turc sous-titré anglais, 24 min

 

Dans cet essai fil­mo­gra­phi­que dense, Aykan Safoğlu entre­mêle des éléments du récit datant de l’époque où James Baldwin résida en Turquie avec des éléments auto­bio­gra­phi­ques. Entre 1961 et 1971, l’écrivain Noir amé­ri­cain a passé une partie impor­tante de son temps en Turquie, lui offrant l’espace néces­saire pour se consa­crer à l’écriture. Bien qu’il fut cha­leu­reu­se­ment accueilli par ses amis turcs, par la com­mu­nauté d’artis­tes et d’écrivain.e.s, il fit également l’expé­rience du racisme et fut sévè­re­ment battu durant son séjour. Comme le sug­gère Magdalena J. Zaborowska dans son étude des liens tissés par Baldwin en Turquie, ses séjours lui ont permis de « se réin­ven­ter en tant qu’écrivain Noir et queer et de reconsi­dé­rer sa concep­tion de l’iden­tité amé­ri­cain et des rela­tions racia­les états-unien­nes alors que les années 60 tou­chaient à leur fin. » Safoğlu lui même gran­dit à Istanbul dans les années 1980 et 1990. À l’âge adulte, il quitta la Turquie pour Berlin, ville qui lui pro­cura davan­tage de pos­si­bi­li­tés pour com­bler ses aspi­ra­tions d’artiste queer, mais fut exposé à la pré­ca­rité des permis de rési­dence de courte durée et au racisme en Allemagne.

 

À partir d’archi­ves, le réa­li­sa­teur entre­lace les évolutions artis­ti­ques de Baldwin, des repré­sen­ta­tions de l’écrivain par des artis­tes (parmi les­quel­les l’un des célè­bres tableaux de Beauford Delaney, et une pho­to­gra­phie de Sedat Pakay), et des traces de son enfance et de son ado­les­cence. Des stra­té­gies de résis­tance face au racisme et à l’homo­pho­bie sont pré­sen­tes dans ce récit. Alors que Safoğlu pointe l’attrait pour la blan­cheur et la blon­deur pré­sent dans la culture popu­laire turque et amé­ri­caine des années 1990 ; il prend cons­cience du conflit qui existe entre ses pro­pres désirs sexuels et les repré­sen­ta­tions hété­ro­nor­ma­ti­ves. Sur son statif de repro­duc­tion, Safoğlu initie un dia­lo­gue trans­his­to­ri­que avec Baldwin per­met­tant de faire réson­ner les choix et les expé­rien­ces de l’écrivain avec les siens.

 

Récompensé au Festival International du Court-Métrage de Oberhausen en 2013. Le film pro­jeté a été sélec­tionné par Clara López Menéndez.

Precarious Homes — Squatting Giovanni’s Room — Discussion

[Paris • France]

 

[ Son en anglais ]

 

16h30 Discussion autour de la conférence performative « Squatting Giovanni’s Room (Squatter la Chambre de Giovanni) » par Jamika Ajalon

 

Cette confé­rence per­for­ma­tive se concen­tre sur les com­plexi­tés de l’alté­rité telle que décrite dans les textes de Baldwin. Elle se basera sur ses œuvres Notes of a Native Son, Another Country, et Giovanni’s Room (La Chambre de Giovanni). Les frag­ments issus de ces textes s’entre­mê­le­ront à une auto­bio-mytho­gra­phie : Baldwin ne m’a pas sim­ple­ment ras­su­rée à une période où je me sen­tais alié­née ; il m’a également poussé à regar­der les choses avec un œil « futu­riste », par-delà les concep­tions essen­tia­li­sées de l’iden­tité.

 

Alors que le dis­cours hégé­mo­ni­que blanc pro­po­sait une pola­ri­sa­tion sim­pli­fiée du « blanc vs noir » et que les codes en usage dans une large partie de la rhé­to­ri­que afro­cen­trée excluait les expé­rien­ces queer et alter­na­ti­ves des per­son­nes raci­sées, les récits de Baldwin aux mul­ti­ples facet­tes arti­cu­laient géné­reu­se­ment les com­plexi­tés des iden­ti­tés inter­sub­jec­ti­ves. Elles ont fourni un refuge pré­caire pour l’expé­rience dia­spo­ri­que qui était la mienne, celle d’une fémi­niste Noire amé­ri­caine qui a vécu et tra­vaillé en Europe depuis pres­que 20 années.

 

Cette anti-confé­rence audio-visuelle rési­de dans un espace inter­mé­diaire tou­jours en mou­ve­ment, ali­menté de sons, d’apar­tés phi­lo­so­phi­ques, de vidéos, de prose et de poésie, le tout abordé à tra­vers un prisme afro-futu­riste.

[Paris • France]

 

[ Son en anglais ]

 

16h00 Squatting Giovanni’s Room (Squatter la Chambre de Giovanni) par Jamika Ajalon, une anti-confé­rence audio-visuelle

 

Cette confé­rence per­for­ma­tive se concen­trera sur les com­plexi­tés de l’alté­rité telle que décrite dans les textes de Baldwin. Elle se basera sur ses œuvres Notes of a Native Son, Another Country, et Giovanni’s Room (La Chambre de Giovanni). Les frag­ments issus de ces textes s’entre­mê­le­ront à une auto­bio-mytho­gra­phie : Baldwin ne m’a pas sim­ple­ment ras­su­rée à une période où je me sen­tais alié­née ; il m’a également poussé à regar­der les choses avec un œil « futu­riste », par-delà les concep­tions essen­tia­li­sées de l’iden­tité.

 

Alors que le dis­cours hégé­mo­ni­que blanc pro­po­sait une pola­ri­sa­tion sim­pli­fiée du « blanc vs noir » et que les codes en usage dans une large partie de la rhé­to­ri­que afro­cen­trée excluait les expé­rien­ces queer et alter­na­ti­ves des per­son­nes raci­sées, les récits de Baldwin aux mul­ti­ples facet­tes arti­cu­laient géné­reu­se­ment les com­plexi­tés des iden­ti­tés inter­sub­jec­ti­ves. Elles ont fourni un refuge pré­caire pour l’expé­rience dia­spo­ri­que qui était la mienne, celle d’une fémi­niste Noire amé­ri­caine qui a vécu et tra­vaillé en Europe depuis pres­que 20 années.

 

Cette anti-confé­rence audio-visuelle rési­dera dans un espace inter­mé­diaire tou­jours en mou­ve­ment, ali­menté de sons, d’apar­tés phi­lo­so­phi­ques, de vidéos, de prose et de poésie, le tout abordé à tra­vers un prisme afro-futu­riste.

Precarious Homes — A Reading from James Baldwin’s Giovanni’s Room

[Paris • France]

 

[Son en anglais]

 

La décla­ra­tion de James Baldwin selon laquelle il ne se sen­tait chez lui que là où il était étranger atteste de son expé­rience pro­lon­gée de non-appar­te­nance. Ses dépla­ce­ments fré­quents en dehors des Etats-Unis, ses exils et ses voya­ges appa­rais­sent comme des stra­té­gies pré­cai­res pour échapper au racisme et à l’homo­pho­bie, sans jamais y par­ve­nir. Son désir de sta­bi­lité domes­ti­que, jamais plei­ne­ment assouvi, était inti­me­ment lié aux dis­cri­mi­na­tions racis­tes sys­té­mi­ques comme indi­vi­duel­les, et aux efforts inces­sants qu’il déploya pour lutter contre celles-ci.

Au-delà des États-Unis, les séjours étendus de l’écrivain à Paris, à Istanbul et à Saint-Paul-de-Vence for­mè­rent des étapes plus ou moins hos­pi­ta­liè­res, au cours des­quel­les des ami­tiés fortes se cons­ti­tuaient, le sou­la­geant momen­ta­né­ment de ses souf­fran­ces émotionnelles et socia­les, des contrain­tes col­lec­ti­ves et indi­vi­duel­les.

 

Dans les écrits de Baldwin, le foyer est décrit comme le résul­tat pré­cieux et pré­caire d’un enga­ge­ment émotionnel auda­cieux, défiant les normes, et moquant les caté­go­ries et les tabous raciaux et sexuels. Un don de soi qu’il décrit dans La Chambre de Giovanni comme « la puan­teur de l’amour ». Les ras­sem­ble­ments noc­tur­nes débor­dants qui avaient lieu sur la ter­rasse de sa maison en Provence ont ins­pi­rés The Welcome Table, l’un de ses der­niers textes, laissé ina­chevé. Aujourd’hui menacé par la cons­truc­tion d’appar­te­ments de luxe, l’endroit abri­tait une com­mu­nauté cons­ti­tuée par des pro­ches et des inconnu.e.s deve­nant ami.e.s, pas­sant leurs nuits à dis­cu­ter, à se confron­ter, à se réconci­lier en pre­nant soin les un.e.s des autres.

 

Les artis­tes par­ti­ci­pant à cet événement public ont choisi de se rap­por­ter à Baldwin à partir d’affi­ni­tés électives, de faire réson­ner leurs tra­jec­toi­res dia­spo­ri­ques avec les erran­ces qui jalon­nè­rent la vie de l’écrivain, et de négo­cier les fron­tiè­res per­pé­tuel­le­ment chan­gean­tes des attri­bu­tions racia­les et des désirs sexuels.

[Paris • France]

 

[Son en anglais]


15h45 Accueil et intro­duc­tion avec Lotte Arndt, Lucas Morin (com­mis­sai­res de l’expo­si­tion) et Regina Barunke (Temporary Gallery, Cologne)

 

La décla­ra­tion de James Baldwin selon laquelle il ne se sen­tait chez lui que là où il était étranger atteste de son expé­rience pro­lon­gée de non-appar­te­nance. Ses dépla­ce­ments fré­quents en dehors des Etats-Unis, ses exils et ses voya­ges appa­rais­sent comme des stra­té­gies pré­cai­res pour échapper au racisme et à l’homo­pho­bie, sans jamais y par­ve­nir. Son désir de sta­bi­lité domes­ti­que, jamais plei­ne­ment assouvi, était inti­me­ment lié aux dis­cri­mi­na­tions racis­tes sys­té­mi­ques comme indi­vi­duel­les, et aux efforts inces­sants qu’il déploya pour lutter contre celles-ci.

Au-delà des États-Unis, les séjours étendus de l’écrivain à Paris, à Istanbul et à Saint-Paul-de-Vence for­mè­rent des étapes plus ou moins hos­pi­ta­liè­res, au cours des­quel­les des ami­tiés fortes se cons­ti­tuaient, le sou­la­geant momen­ta­né­ment de ses souf­fran­ces émotionnelles et socia­les, des contrain­tes col­lec­ti­ves et indi­vi­duel­les.

 

Dans les écrits de Baldwin, le foyer est décrit comme le résul­tat pré­cieux et pré­caire d’un enga­ge­ment émotionnel auda­cieux, défiant les normes, et moquant les caté­go­ries et les tabous raciaux et sexuels. Un don de soi qu’il décrit dans La Chambre de Giovanni comme « la puan­teur de l’amour ». Les ras­sem­ble­ments noc­tur­nes débor­dants qui avaient lieu sur la ter­rasse de sa maison en Provence ont ins­pi­rés The Welcome Table, l’un de ses der­niers textes, laissé ina­chevé. Aujourd’hui menacé par la cons­truc­tion d’appar­te­ments de luxe, l’endroit abri­tait une com­mu­nauté cons­ti­tuée par des pro­ches et des inconnu.e.s deve­nant ami.e.s, pas­sant leurs nuits à dis­cu­ter, à se confron­ter, à se réconci­lier en pre­nant soin les un.e.s des autres.

 

Les artis­tes par­ti­ci­pant à cet événement public ont choisi de se rap­por­ter à Baldwin à partir d’affi­ni­tés électives, de faire réson­ner leurs tra­jec­toi­res dia­spo­ri­ques avec les erran­ces qui jalon­nè­rent la vie de l’écrivain, et de négo­cier les fron­tiè­res per­pé­tuel­le­ment chan­gean­tes des attri­bu­tions racia­les et des désirs sexuels.