« Nous sommes des migrants originaires de l'Afrique de l'Ouest et centrale et, pour la plupart, nous vivions en Libye depuis de nombreuses années... puis la guerre nous a forcé à partir. Aujourd’hui, nous sommes en France pour travailler et nous demandons au préfet de nous régulariser au plus vite ! Les critères imposés par la loi sont (...)« Nous sommes des migrants originaires de l'Afrique de l'Ouest et centrale et, pour la plupart, nous vivions en Libye depuis de nombreuses années... puis la guerre nous a forcé à partir. Aujourd’hui, nous sommes en France pour travailler et nous demandons au préfet de nous régulariser au plus vite ! Les critères imposés par la loi sont beaucoup trop restrictifs sur la régularisation par le travail. Pourtant la plupart des membres du collectif peuvent attester d'une promesse d'embauche et, même souvent, du soutien d'un employeur. Nettoyage, bâtiment, gardiennage, restauration... tous ces secteurs nous exploitent car nous n'avons actuellement pas de statut. Pour mettre fin à cela, il faut obtenir la régularisation de tous les sans-papiers ! Le Collectif Baras est tout autant déterminé à obtenir un toit pour l'ensemble de ses membres. Un squat comme le nôtre n'est pas une solution idéale, c'est une solution par défaut, pour répondre à l'urgence de la situation ! Nous demandons aux autorités de ne pas nous expulser de notre lieu de vie situé au 72 rue René Alazard à Bagnolet – ni celui de nos camarades qui ont obtenu un hébergement provisoire dans des foyers Adoma. Nous avons essayé de trouver d'autres logements, en faisant des demandes officielles qui n'ont rien donné, et en occupant des bâtiments vides, mais à chaque fois, la préfecture nous en a expulsés. » En se basant sur l’histoire du collectif Baras, et après les avoir suivi lors de la manifestation du 13 février, dans un parcours où ces derniers se sont arrêtés, symboliquement, devant tous les endroits dont ils ont été expulsés, Frédéric Mathevet a découpé les 20 minutes de sa pièce sonore en fonction du temps passé par les Baras dans les différents squats occupés.
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BARAS (Février 2013)

[Montreuil • France]
« Nous sommes des migrants originaires de l’Afrique de l’Ouest et centrale et, pour la plupart, nous vivions en Libye depuis de nombreuses années… puis la guerre nous a forcé à partir. Aujourd’hui, nous sommes en France pour travailler et nous demandons au préfet de nous régulariser au plus vite ! Les critères imposés par la loi sont beaucoup trop restrictifs sur la régularisation par le travail. Pourtant la plupart des membres du collectif peuvent attester d’une promesse d’embauche et, même souvent, du soutien d’un employeur. Nettoyage, bâtiment, gardiennage, restauration… tous ces secteurs nous exploitent, car nous n’avons actuellement pas de statut. Pour mettre fin à cela, il faut obtenir la régularisation de tous les sans-papiers ! Le Collectif Baras, mot qui signifie “travailleurs” en bambara, est tout autant déterminé à obtenir un toit pour l’ensemble de ses membres. Un squat comme le nôtre n’est pas une solution idéale, c’est une solution par défaut, pour répondre à l’urgence de la situation ! Nous demandons aux autorités de ne pas nous expulser de notre lieu de vie situé au 72 rue René Alazard à Bagnolet – ni celui de nos camarades qui ont obtenu un hébergement provisoire dans des foyers Adoma. Nous avons essayé de trouver d’autres logements, en faisant des demandes officielles qui n’ont rien donné, et en occupant des bâtiments vides, mais à chaque fois, la préfecture nous en a expulsés. »
 (collectif Baras)

 

En se basant sur l’histoire du collectif Baras, et après les avoir suivi lors de la manifestation du 13 février, dans un parcours où ces derniers se sont arrêtés, symboliquement, devant tous les endroits dont ils ont été expulsés, Frédéric Mathevet découpé les 20 minutes de sa pièce sonore en fonction du temps passé par les Baras dans les différents squats occupés.

 

« Les 1 077 120 minutes (de la naissance du collectif à la fête de soutient prévue le 18 mars 2016) ont été ainsi rabattues sur 20 minutes, et tous les événements importants de l’histoire des Baras, les différents procès, les expulsions musclées, mais aussi les fêtes de soutien et les manifestations, ont pu trouver une place et une durée (au pro-rata) dans chacune des 5 parties. Conséquemment, chaque partie porte les noms des lieux du squat et sa durée correspond au temps d’occupation du collectif jusqu’à son expulsion. Chaque événement sonore à l’intérieur de ces durées, chaque variation, correspond à un événement de la vie du collectif. 

 

J’ai donc transformé la narration plus ou moins précise du collectif en surface d’inscription temporelle avec des moments de montage précis. Or, se posaient deux problèmes qui, me semble-t-il, sont complémentaires : où poser son micro quand on suit un tel événement, et comment penser les moments de rupture du montage ? 

La réponse à ces deux questions se trouve dans la notion de hors-champs. Enfin de “hors-son” dans le cas d’une pièce sonore. Et le montage sonore n’est pas le montage cinématographique, de la même manière que l’écran du cinéma n’est pas l’espace de projection sonore “immersif” (c’est un mot à la mode qui témoigne à quel point les artistes sonores sont dans le déni des problématiques propres de leur discipline) qui spatialise, au minimum sur un dispositif stéréophonique. 

 

C’est François Laplantine qui m’a aidé à résoudre ce double problème. Je découvre François Laplantine (De tout petits liens, Mille et une nuit), et constate que les liens métis qu’il décrit sont très proches de la bande dessinée et de sa gouttière (l’espace blanc entre les vignettes) qui hante mon travail plastique et sonore. 

 

“Les petits liens métis […] ne se forment pas par simple contiguïté qui ferait simplement coexister ce qui est attenant ou adjacent. On ne parlera dans ce dernier cas que de ‘bon voisinage’. Un quartier dans lequel un groupe étranger peut laisser les uns parfaitement indifférents aux autres […]. Les liens qui nous intéressent ne sont pas des liens de juxtaposition ni même de superposition, c’est-à-dire de simultanéité, mais de successivité.” (p. 199) 

 

Ces liens métis sont affaire de rythme et de formes en mouvement, ce sont des liens plastiques (plastikos) de jonction de flux. Des lieux de métamorphose qui forcent à une auscultation des “cadences des petites flexions”. 

 

Où placer son micro pour saisir ce flux, pour l’attraper, le laisser filer et lui donner d’autres lignes de fuite ? “Entre le trop loin (l’indifférence) et le trop près (l’identification).” (p.45) 

 

Ne pas réduire l’enregistrement au champ du micro (si on peut dire), ce qui reviendrait à faire un reportage sur cet événement précis (“La manifestation du 13 février 2016”) et qui aurait alors fonctionné comme un “cache”. C’est-à-dire, que l’événement aurait caché l’ensemble du hors-champ de cette manifestation : les questions réelles que nous devons nous poser quant aux vieilles notions de frontières et de territoires. Notamment quand ces mêmes notions n’existent plus quand il s’agit de commerce et main-d’œuvre bon marché : les questions relevant des enjeux géopolitiques unilatéraux qui nourrissent des conflits locaux et imposent des migrations. » (Frédéric Mathevet)

Réalisation : Frédéric Mathevet

EMERSON (28 octobre 2013)

[Bagnolet • France]
« Nous sommes des migrants originaires de l’Afrique de l’Ouest et centrale et, pour la plupart, nous vivions en Libye depuis de nombreuses années… puis la guerre nous a forcé à partir. Aujourd’hui, nous sommes en France pour travailler et nous demandons au préfet de nous régulariser au plus vite ! Les critères imposés par la loi sont beaucoup trop restrictifs sur la régularisation par le travail. Pourtant la plupart des membres du collectif peuvent attester d’une promesse d’embauche et, même souvent, du soutien d’un employeur. Nettoyage, bâtiment, gardiennage, restauration… tous ces secteurs nous exploitent, car nous n’avons actuellement pas de statut. Pour mettre fin à cela, il faut obtenir la régularisation de tous les sans-papiers ! Le Collectif Baras, mot qui signifie “travailleurs” en bambara, est tout autant déterminé à obtenir un toit pour l’ensemble de ses membres. Un squat comme le nôtre n’est pas une solution idéale, c’est une solution par défaut, pour répondre à l’urgence de la situation ! Nous demandons aux autorités de ne pas nous expulser de notre lieu de vie situé au 72 rue René Alazard à Bagnolet – ni celui de nos camarades qui ont obtenu un hébergement provisoire dans des foyers Adoma. Nous avons essayé de trouver d’autres logements, en faisant des demandes officielles qui n’ont rien donné, et en occupant des bâtiments vides, mais à chaque fois, la préfecture nous en a expulsés. »
 (collectif Baras)

 

En se basant sur l’histoire du collectif Baras, et après les avoir suivi lors de la manifestation du 13 février, dans un parcours où ces derniers se sont arrêtés, symboliquement, devant tous les endroits dont ils ont été expulsés, Frédéric Mathevet découpé les 20 minutes de sa pièce sonore en fonction du temps passé par les Baras dans les différents squats occupés.

 

« Les 1 077 120 minutes (de la naissance du collectif à la fête de soutient prévue le 18 mars 2016) ont été ainsi rabattues sur 20 minutes, et tous les événements importants de l’histoire des Baras, les différents procès, les expulsions musclées, mais aussi les fêtes de soutien et les manifestations, ont pu trouver une place et une durée (au pro-rata) dans chacune des 5 parties. Conséquemment, chaque partie porte les noms des lieux du squat et sa durée correspond au temps d’occupation du collectif jusqu’à son expulsion. Chaque événement sonore à l’intérieur de ces durées, chaque variation, correspond à un événement de la vie du collectif. 

 

J’ai donc transformé la narration plus ou moins précise du collectif en surface d’inscription temporelle avec des moments de montage précis. Or, se posaient deux problèmes qui, me semble-t-il, sont complémentaires : où poser son micro quand on suit un tel événement, et comment penser les moments de rupture du montage ? 

 

La réponse à ces deux questions se trouve dans la notion de hors-champs. Enfin de “hors-son” dans le cas d’une pièce sonore. Et le montage sonore n’est pas le montage cinématographique, de la même manière que l’écran du cinéma n’est pas l’espace de projection sonore “immersif” (c’est un mot à la mode qui témoigne à quel point les artistes sonores sont dans le déni des problématiques propres de leur discipline) qui spatialise, au minimum sur un dispositif stéréophonique. 

 

C’est François Laplantine qui m’a aidé à résoudre ce double problème. Je découvre François Laplantine (De tout petits liens, Mille et une nuit), et constate que les liens métis qu’il décrit sont très proches de la bande dessinée et de sa gouttière (l’espace blanc entre les vignettes) qui hante mon travail plastique et sonore. 

 

“Les petits liens métis […] ne se forment pas par simple contiguïté qui ferait simplement coexister ce qui est attenant ou adjacent. On ne parlera dans ce dernier cas que de ‘bon voisinage’. Un quartier dans lequel un groupe étranger peut laisser les uns parfaitement indifférents aux autres […]. Les liens qui nous intéressent ne sont pas des liens de juxtaposition ni même de superposition, c’est-à-dire de simultanéité, mais de successivité.” (p. 199) 

 

Ces liens métis sont affaire de rythme et de formes en mouvement, ce sont des liens plastiques (plastikos) de jonction de flux. Des lieux de métamorphose qui forcent à une auscultation des “cadences des petites flexions”. 

 

Où placer son micro pour saisir ce flux, pour l’attraper, le laisser filer et lui donner d’autres lignes de fuite ? “Entre le trop loin (l’indifférence) et le trop près (l’identification).” (p.45) 

 

Ne pas réduire l’enregistrement au champ du micro (si on peut dire), ce qui reviendrait à faire un reportage sur cet événement précis (“La manifestation du 13 février 2016”) et qui aurait alors fonctionné comme un “cache”. C’est-à-dire, que l’événement aurait caché l’ensemble du hors-champ de cette manifestation : les questions réelles que nous devons nous poser quant aux vieilles notions de frontières et de territoires. Notamment quand ces mêmes notions n’existent plus quand il s’agit de commerce et main-d’œuvre bon marché : les questions relevant des enjeux géopolitiques unilatéraux qui nourrissent des conflits locaux et imposent des migrations. » (Frédéric Mathevet)

Réalisation : Frédéric Mathevet

NATIXIS (10 août 2013)

[Bagnolet • France]
« Nous sommes des migrants originaires de l’Afrique de l’Ouest et centrale et, pour la plupart, nous vivions en Libye depuis de nombreuses années… puis la guerre nous a forcé à partir. Aujourd’hui, nous sommes en France pour travailler et nous demandons au préfet de nous régulariser au plus vite ! Les critères imposés par la loi sont beaucoup trop restrictifs sur la régularisation par le travail. Pourtant la plupart des membres du collectif peuvent attester d’une promesse d’embauche et, même souvent, du soutien d’un employeur. Nettoyage, bâtiment, gardiennage, restauration… tous ces secteurs nous exploitent, car nous n’avons actuellement pas de statut. Pour mettre fin à cela, il faut obtenir la régularisation de tous les sans-papiers ! Le Collectif Baras, mot qui signifie “travailleurs” en bambara, est tout autant déterminé à obtenir un toit pour l’ensemble de ses membres. Un squat comme le nôtre n’est pas une solution idéale, c’est une solution par défaut, pour répondre à l’urgence de la situation ! Nous demandons aux autorités de ne pas nous expulser de notre lieu de vie situé au 72 rue René Alazard à Bagnolet – ni celui de nos camarades qui ont obtenu un hébergement provisoire dans des foyers Adoma. Nous avons essayé de trouver d’autres logements, en faisant des demandes officielles qui n’ont rien donné, et en occupant des bâtiments vides, mais à chaque fois, la préfecture nous en a expulsés. »
 (collectif Baras)

 

En se basant sur l’histoire du collectif Baras, et après les avoir suivi lors de la manifestation du 13 février, dans un parcours où ces derniers se sont arrêtés, symboliquement, devant tous les endroits dont ils ont été expulsés, Frédéric Mathevet découpé les 20 minutes de sa pièce sonore en fonction du temps passé par les Baras dans les différents squats occupés.

 

« Les 1 077 120 minutes (de la naissance du collectif à la fête de soutient prévue le 18 mars 2016) ont été ainsi rabattues sur 20 minutes, et tous les événements importants de l’histoire des Baras, les différents procès, les expulsions musclées, mais aussi les fêtes de soutien et les manifestations, ont pu trouver une place et une durée (au pro-rata) dans chacune des 5 parties. Conséquemment, chaque partie porte les noms des lieux du squat et sa durée correspond au temps d’occupation du collectif jusqu’à son expulsion. Chaque événement sonore à l’intérieur de ces durées, chaque variation, correspond à un événement de la vie du collectif. 

 

J’ai donc transformé la narration plus ou moins précise du collectif en surface d’inscription temporelle avec des moments de montage précis. Or, se posaient deux problèmes qui, me semble-t-il, sont complémentaires : où poser son micro quand on suit un tel événement, et comment penser les moments de rupture du montage ? 

 

La réponse à ces deux questions se trouve dans la notion de hors-champs. Enfin de “hors-son” dans le cas d’une pièce sonore. Et le montage sonore n’est pas le montage cinématographique, de la même manière que l’écran du cinéma n’est pas l’espace de projection sonore “immersif” (c’est un mot à la mode qui témoigne à quel point les artistes sonores sont dans le déni des problématiques propres de leur discipline) qui spatialise, au minimum sur un dispositif stéréophonique. 

 

C’est François Laplantine qui m’a aidé à résoudre ce double problème. Je découvre François Laplantine (De tout petits liens, Mille et une nuit), et constate que les liens métis qu’il décrit sont très proches de la bande dessinée et de sa gouttière (l’espace blanc entre les vignettes) qui hante mon travail plastique et sonore. 

 

“Les petits liens métis […] ne se forment pas par simple contiguïté qui ferait simplement coexister ce qui est attenant ou adjacent. On ne parlera dans ce dernier cas que de ‘bon voisinage’. Un quartier dans lequel un groupe étranger peut laisser les uns parfaitement indifférents aux autres […]. Les liens qui nous intéressent ne sont pas des liens de juxtaposition ni même de superposition, c’est-à-dire de simultanéité, mais de successivité.” (p. 199) 

 

Ces liens métis sont affaire de rythme et de formes en mouvement, ce sont des liens plastiques (plastikos) de jonction de flux. Des lieux de métamorphose qui forcent à une auscultation des “cadences des petites flexions”. 

 

Où placer son micro pour saisir ce flux, pour l’attraper, le laisser filer et lui donner d’autres lignes de fuite ? “Entre le trop loin (l’indifférence) et le trop près (l’identification).” (p.45) 

 

Ne pas réduire l’enregistrement au champ du micro (si on peut dire), ce qui reviendrait à faire un reportage sur cet événement précis (“La manifestation du 13 février 2016”) et qui aurait alors fonctionné comme un “cache”. C’est-à-dire, que l’événement aurait caché l’ensemble du hors-champ de cette manifestation : les questions réelles que nous devons nous poser quant aux vieilles notions de frontières et de territoires. Notamment quand ces mêmes notions n’existent plus quand il s’agit de commerce et main-d’œuvre bon marché : les questions relevant des enjeux géopolitiques unilatéraux qui nourrissent des conflits locaux et imposent des migrations. » (Frédéric Mathevet)

Réalisation : Frédéric Mathevet

WILSON (4 août 2015)

[Montreuil • France]
« Nous sommes des migrants originaires de l’Afrique de l’Ouest et centrale et, pour la plupart, nous vivions en Libye depuis de nombreuses années… puis la guerre nous a forcé à partir. Aujourd’hui, nous sommes en France pour travailler et nous demandons au préfet de nous régulariser au plus vite ! Les critères imposés par la loi sont beaucoup trop restrictifs sur la régularisation par le travail. Pourtant la plupart des membres du collectif peuvent attester d’une promesse d’embauche et, même souvent, du soutien d’un employeur. Nettoyage, bâtiment, gardiennage, restauration… tous ces secteurs nous exploitent, car nous n’avons actuellement pas de statut. Pour mettre fin à cela, il faut obtenir la régularisation de tous les sans-papiers ! Le Collectif Baras, mot qui signifie “travailleurs” en bambara, est tout autant déterminé à obtenir un toit pour l’ensemble de ses membres. Un squat comme le nôtre n’est pas une solution idéale, c’est une solution par défaut, pour répondre à l’urgence de la situation ! Nous demandons aux autorités de ne pas nous expulser de notre lieu de vie situé au 72 rue René Alazard à Bagnolet – ni celui de nos camarades qui ont obtenu un hébergement provisoire dans des foyers Adoma. Nous avons essayé de trouver d’autres logements, en faisant des demandes officielles qui n’ont rien donné, et en occupant des bâtiments vides, mais à chaque fois, la préfecture nous en a expulsés. »
 (collectif Baras)

 

En se basant sur l’histoire du collectif Baras, et après les avoir suivi lors de la manifestation du 13 février, dans un parcours où ces derniers se sont arrêtés, symboliquement, devant tous les endroits dont ils ont été expulsés, Frédéric Mathevet découpé les 20 minutes de sa pièce sonore en fonction du temps passé par les Baras dans les différents squats occupés.

 

« Les 1 077 120 minutes (de la naissance du collectif à la fête de soutient prévue le 18 mars 2016) ont été ainsi rabattues sur 20 minutes, et tous les événements importants de l’histoire des Baras, les différents procès, les expulsions musclées, mais aussi les fêtes de soutien et les manifestations, ont pu trouver une place et une durée (au pro-rata) dans chacune des 5 parties. Conséquemment, chaque partie porte les noms des lieux du squat et sa durée correspond au temps d’occupation du collectif jusqu’à son expulsion. Chaque événement sonore à l’intérieur de ces durées, chaque variation, correspond à un événement de la vie du collectif. 

 

J’ai donc transformé la narration plus ou moins précise du collectif en surface d’inscription temporelle avec des moments de montage précis. Or, se posaient deux problèmes qui, me semble-t-il, sont complémentaires : où poser son micro quand on suit un tel événement, et comment penser les moments de rupture du montage ? 

 

La réponse à ces deux questions se trouve dans la notion de hors-champs. Enfin de “hors-son” dans le cas d’une pièce sonore. Et le montage sonore n’est pas le montage cinématographique, de la même manière que l’écran du cinéma n’est pas l’espace de projection sonore “immersif” (c’est un mot à la mode qui témoigne à quel point les artistes sonores sont dans le déni des problématiques propres de leur discipline) qui spatialise, au minimum sur un dispositif stéréophonique. 

 

C’est François Laplantine qui m’a aidé à résoudre ce double problème. Je découvre François Laplantine (De tout petits liens, Mille et une nuit), et constate que les liens métis qu’il décrit sont très proches de la bande dessinée et de sa gouttière (l’espace blanc entre les vignettes) qui hante mon travail plastique et sonore. 

 

“Les petits liens métis […] ne se forment pas par simple contiguïté qui ferait simplement coexister ce qui est attenant ou adjacent. On ne parlera dans ce dernier cas que de ‘bon voisinage’. Un quartier dans lequel un groupe étranger peut laisser les uns parfaitement indifférents aux autres […]. Les liens qui nous intéressent ne sont pas des liens de juxtaposition ni même de superposition, c’est-à-dire de simultanéité, mais de successivité.” (p. 199) 

 

Ces liens métis sont affaire de rythme et de formes en mouvement, ce sont des liens plastiques (plastikos) de jonction de flux. Des lieux de métamorphose qui forcent à une auscultation des “cadences des petites flexions”. 

 

Où placer son micro pour saisir ce flux, pour l’attraper, le laisser filer et lui donner d’autres lignes de fuite ? “Entre le trop loin (l’indifférence) et le trop près (l’identification).” (p.45) 

 

Ne pas réduire l’enregistrement au champ du micro (si on peut dire), ce qui reviendrait à faire un reportage sur cet événement précis (“La manifestation du 13 février 2016”) et qui aurait alors fonctionné comme un “cache”. C’est-à-dire, que l’événement aurait caché l’ensemble du hors-champ de cette manifestation : les questions réelles que nous devons nous poser quant aux vieilles notions de frontières et de territoires. Notamment quand ces mêmes notions n’existent plus quand il s’agit de commerce et main-d’œuvre bon marché : les questions relevant des enjeux géopolitiques unilatéraux qui nourrissent des conflits locaux et imposent des migrations. » (Frédéric Mathevet)

Réalisation : Frédéric Mathevet

[Bagnolet • France]
« Nous sommes des migrants originaires de l’Afrique de l’Ouest et centrale et, pour la plupart, nous vivions en Libye depuis de nombreuses années… puis la guerre nous a forcé à partir. Aujourd’hui, nous sommes en France pour travailler et nous demandons au préfet de nous régulariser au plus vite ! Les critères imposés par la loi sont beaucoup trop restrictifs sur la régularisation par le travail. Pourtant la plupart des membres du collectif peuvent attester d’une promesse d’embauche et, même souvent, du soutien d’un employeur. Nettoyage, bâtiment, gardiennage, restauration… tous ces secteurs nous exploitent, car nous n’avons actuellement pas de statut. Pour mettre fin à cela, il faut obtenir la régularisation de tous les sans-papiers ! Le Collectif Baras, mot qui signifie “travailleurs” en bambara, est tout autant déterminé à obtenir un toit pour l’ensemble de ses membres. Un squat comme le nôtre n’est pas une solution idéale, c’est une solution par défaut, pour répondre à l’urgence de la situation ! Nous demandons aux autorités de ne pas nous expulser de notre lieu de vie situé au 72 rue René Alazard à Bagnolet – ni celui de nos camarades qui ont obtenu un hébergement provisoire dans des foyers Adoma. Nous avons essayé de trouver d’autres logements, en faisant des demandes officielles qui n’ont rien donné, et en occupant des bâtiments vides, mais à chaque fois, la préfecture nous en a expulsés. »
(collectif Baras)

 

En se basant sur l’histoire du collectif Baras, et après les avoir suivi lors de la manifestation du 13 février, dans un parcours où ces derniers se sont arrêtés, symboliquement, devant tous les endroits dont ils ont été expulsés, Frédéric Mathevet découpé les 20 minutes de sa pièce sonore en fonction du temps passé par les Baras dans les différents squats occupés.

 

« Les 1 077 120 minutes (de la naissance du collectif à la fête de soutient prévue le 18 mars 2016) ont été ainsi rabattues sur 20 minutes, et tous les événements importants de l’histoire des Baras, les différents procès, les expulsions musclées, mais aussi les fêtes de soutien et les manifestations, ont pu trouver une place et une durée (au pro-rata) dans chacune des 5 parties. Conséquemment, chaque partie porte les noms des lieux du squat et sa durée correspond au temps d’occupation du collectif jusqu’à son expulsion. Chaque événement sonore à l’intérieur de ces durées, chaque variation, correspond à un événement de la vie du collectif.

 

J’ai donc transformé la narration plus ou moins précise du collectif en surface d’inscription temporelle avec des moments de montage précis. Or, se posaient deux problèmes qui, me semble-t-il, sont complémentaires : où poser son micro quand on suit un tel événement, et comment penser les moments de rupture du montage ?

 

La réponse à ces deux questions se trouve dans la notion de hors-champs. Enfin de “hors-son” dans le cas d’une pièce sonore. Et le montage sonore n’est pas le montage cinématographique, de la même manière que l’écran du cinéma n’est pas l’espace de projection sonore “immersif” (c’est un mot à la mode qui témoigne à quel point les artistes sonores sont dans le déni des problématiques propres de leur discipline) qui spatialise, au minimum sur un dispositif stéréophonique.

 

C’est François Laplantine qui m’a aidé à résoudre ce double problème. Je découvre François Laplantine (De tout petits liens, Mille et une nuit), et constate que les liens métis qu’il décrit sont très proches de la bande dessinée et de sa gouttière (l’espace blanc entre les vignettes) qui hante mon travail plastique et sonore.

 

“Les petits liens métis […] ne se forment pas par simple contiguïté qui ferait simplement coexister ce qui est attenant ou adjacent. On ne parlera dans ce dernier cas que de ‘bon voisinage’. Un quartier dans lequel un groupe étranger peut laisser les uns parfaitement indifférents aux autres […]. Les liens qui nous intéressent ne sont pas des liens de juxtaposition ni même de superposition, c’est-à-dire de simultanéité, mais de successivité.” (p. 199)

 

Ces liens métis sont affaire de rythme et de formes en mouvement, ce sont des liens plastiques (plastikos) de jonction de flux. Des lieux de métamorphose qui forcent à une auscultation des “cadences des petites flexions”.

 

Où placer son micro pour saisir ce flux, pour l’attraper, le laisser filer et lui donner d’autres lignes de fuite ? “Entre le trop loin (l’indifférence) et le trop près (l’identification).” (p.45)

 

Ne pas réduire l’enregistrement au champ du micro (si on peut dire), ce qui reviendrait à faire un reportage sur cet événement précis (“La manifestation du 13 février 2016”) et qui aurait alors fonctionné comme un “cache”. C’est-à-dire, que l’événement aurait caché l’ensemble du hors-champ de cette manifestation : les questions réelles que nous devons nous poser quant aux vieilles notions de frontières et de territoires. Notamment quand ces mêmes notions n’existent plus quand il s’agit de commerce et main-d’œuvre bon marché : les questions relevant des enjeux géopolitiques unilatéraux qui nourrissent des conflits locaux et imposent des migrations. » (Frédéric Mathevet)

Réalisation : Frédéric Mathevet