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[Paris • France]

 

Terrains : Avec : le projet « Les mots qui touchent » (Bafodé Kaba, Elvina Lepoul, Juliette Delestre), Sébastien Thiéry, Marielle Macé, Philippe Vasset, Mathilde Roussigné

 

Pendant le festival Extra !« Radio Brouhaha »s’installe au Centre Pompidou pour une série de trois émissions littéraires.

 

« Terrain ». Tiens, voilà un mot qu’il faudrait conduire au lavoir, comme dirait Jean-Marie Gleize, tant il est encrassé, recouvert, enduit, rendu opaque par ses usages médiatiques et politiques. Il se trouve que le mot terrain a aussi envahi le vocabulaire littéraire et c’est un envahissement consenti par tous les acteurs qui ne cessent de le reprendre ; il se trouve aussi que cet envahissement n’est pas sans rapport avec la littérature hors du livre. Il y a même parfois une sorte de rapport métonymique entre le terrain et le hors livre, le terrain est dans ses acceptions maximalistes le hors livre. Ou du moins il est tout sauf la tour d’ivoire. Il désigne une sortie de l’atelier, du studio, de la bibliothèque, que ce soit pour la rédaction d’un livre ou pour une expérience littéraire qui relève du social, du politique, du commun. Il évoque aussi des pratiques collectives, des apprentissages, des débuts, des essais. L’idée de cette émission est venue du compagnonnage avec l’espace Khiasma et de leur projet « Les mots qui touchent » qui fait partie d’un ensemble d’ateliers d’écriture à destination des adolescents des Lilas et de jeunes exilés « auprès des personnes dont la parole est disqualifiée, silencée ou contrainte. » Plusieurs terrains se rencontrent, celui d’une commune limitrophe de Paris, L’atlas lieu culturel presque au-dessus du périphérique, des terrains plus lointains, généralement en Afrique, les terrains du déplacement et ceux de l’adolescence. Étoilant la chose, j’ai souhaité demander à Mathilde Roussigné qui consacre une thèse de doctorat à la question du terrain en littérature de nous éclairer sur ce mot. Logiquement, la réflexion nous a fait rejoindre Sébastien Thiéry, animateur du Pérou, pour lequel les questions du terrain et de la littérature sont centrales, et à l’écrivaine Marielle Macé, partenaire de travail du Pérou et dont les derniers livres ne cessent de poser cette question de l’habitation du monde. Son texte récemment paru dans AOC « Nos cabanes » est à cet égard emblématique. Enfin l’actualité ne pouvait pas mieux tomber puisque Philippe Vasset, l’homme du Livre blanc fait paraître en cette rentrée un nouveau livre, Une vie en l’air, un livre qui nous dit enfin quelle est l’espace qui le fait écrire.

Enregistré le 6 septembre 2018 au Centre Pompidou par l'équipe de la r22 Tout-monde.
Mixage : Victor Donati

Les mots qui touchent • Journal de bord #01

[Paris XXème • France]

 

Chaque lundi après-midi, l’Atlas, un espace de travail porté par Khiasma dans la rue Léon Frappé (Paris 20e), accueille des grands adolescents animés par un désir d’expression.

 

En compagnie du rappeur Da Pro et de la psychologue Juliette Delestre, qui les ont tous deux accompagné vers l’écriture, ils ont posé sur le papier leurs espoirs, leurs frustrations, leurs découvertes. Pour la plupart venus il y a peu de Guinée, du Mali, de Côte d’Ivoire, la France n’a de cesse depuis leur arrivée de leur dessiner des situations d’attente, de non-reconnaissance de leur parcours, de non-écoute et de précarisation. Ensemble, ils ont investi l’Atlas comme un lieu de courage, de communauté, et se sont saisis de cet espace pour formaliser, outiller et adresser leurs colères, leurs désillusions, comment ils appréhendaient leur avenir. Ils ont écrit semaine après semaine de grands textes qui habitent avec souveraineté la langue qu’ils apprennent, qu’ils ont travaillé à assumer, à performer.

 

Le projet Ici Bientôt à l’initiative de Khiasma prévoit un ensemble d’ateliers d’écriture et d’éducation à l’image pour des adolescent·es favorisant le développement de l’esprit critique, l’estime de soi et les capacités à débattre avec autrui. Depuis début mai, l’Atlas, espace situé rue Léon Frapié (Paris 20), au coeur du quartier des Fougères, accueille des groupes d’adolescent·es qui échangent, s’interrogent, élaborent des textes, font grandir leur voix.

Un atelier accompagné par Da Pro, Juliette Delestre et Elvina Le Poul
Montage : Simon Marini
Le 13 juillet 2018