« D’une manière ou d’une autre, j’écris. J’écris au moyen d’enregistrements oraux, résultats de mes journées passées à l’atelier à travailler la matière, donnant lieu à l’heure du couché à mes «pensées-sons». C’est marteler par les choses qui reviennent, qui font le tour, les rythmes entêtant que l’effet (...)« D’une manière ou d’une autre, j’écris. J’écris au moyen d’enregistrements oraux, résultats de mes journées passées à l’atelier à travailler la matière, donnant lieu à l’heure du couché à mes «pensées-sons». C’est marteler par les choses qui reviennent, qui font le tour, les rythmes entêtant que l’effet boomerang m’a mise en face du rapport à mon corps. La danse de l’écrivain et ma boite à musique. Ma danse de micro, seule, derrière mon enregistreur, dans ma chambre, sorte de karaoké personnalisé. La danse chez moi ça se marche, marche désorganisée accompagnée de petits bonds dans la chambre, là où se faire se peut. Je répète, répète et répète mes phrases. Je les double ces rythmes – la doubleuse, la souffleuse – en débitant mes textes sur des pas de flamenco, des percussions corporelles, du beat box, de la pop music, en voiture, transformée en studio d’enregistrement. Cette sorte de terrasse propice à l’écriture me permet d’inviter quelques personnes à enregistrer, à redire des phrases de danse devant notre point de vue commun pour donner des sortes de concerts sauvages, ensuite. De la même sorte qu’un musicien récitant ses gammes, je répète mes textes, les répètes encore et encore, en vue d’enregistrements. Je répète les mêmes phrases toute une journée pour les déposséder, pour ne plus les sentir passer. Cet état s’annonce généralement par une étrange satiation verbale autour du texte grâce à la récitation tremblante, qui torture, qui tortue, oui, une tortue récitante. C’est bien cela, ce travail de «mâchage», très lent et sans dent. Le processus de récitation, la mise en condition, l’isolement nécessaire à la pudeur. Bref le travail en amont me transforme en récitante, en récipient. »
▼ Mois
▼ Auteur-s
▼ Programme
 

[Montrouge • France]
Pièce sonore, 09:22mins, 2016

 

« Traitant le langage comme une matière malléable, les travaux d’Anne le Troter sont empreints d’une certaine trivialité, liée à l’utilisation de formes orales, ou des formes sans forme du langage utilitaire. S’inspirant de situations de la vie quotidienne, elle transforme en texte ses observations sur le monde qui l’entoure et questionne les fonctionnements du langage dans ce processus.

 

Utilisant la « mise en langage » comme instrument de connaissance, elle tente de décrire et partant, d’expliquer ce qu’elle observe du monde – tentative sans doute illusoire et sans fin, qui fait écho à cet extrait de Nathalie Quintane, auteure chère à l’artiste « Tout ça pour dire que ce n’est pas parce que tu écris que tu en sois moins embrouillé. Ça déplace l’embrouille, et voilà. »(1) » 

 

Isaline Vuille, Kunstbulletin, juillet-août 2014, ‘Anne le Troter – rollercoaster screams ou ça s’en va et ça revient’

 

(1) Extrait de ‘Crâne chaud’ de Nathalie Quintane, 2012, POL, Paris

 

Grand Prix du Salon et du Palais de Tokyo

Bourse de production : ADAGP

En collaboration avec les artistes ASMR : Final ASMR, Made In France ASMR, Miel ASMR, Mr Discrait, Sandra Relaxation ASMR, The French Whisperer.

Réalisation : Anne le Troter