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La très bouleversante confession de l’homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la Terre ait porté

[Paris • France]
Se coulant dans le registre épique d’une chanson de geste en vers libres et rythmés, le flux de conscience logorrhéique de La très bouleversante confession… émane de vingt-trois cerveaux galvanisés par le stress et l’excitation : ceux des membres du commando de Navy Seals — les forces spéciales de la marine américaine — pendant le raid visant à abattre « le plus grand fils de pute que la terre ait jamais porté », « la star numéro Un du mal », a.k.a Oussama Ben Laden.
Steve, Joss, Ryan… : héros « dont les prénoms ont été modifiés », mais qui ne purent pourtant se résoudre à l’anonymat auquel les condamnait l’accord de non-divulgation d’informations qu’ils avaient signé. Pas moins de six versions différentes de la mort du chef d’Al Quaida furent ainsi livrées à la presse, et des informations monnayées à des scénaristes de films et des concepteurs de jeux vidéo.
Usant de ce matériau dans une démarche comparable à celle de Reznikoff, Emmanuel Adely forge avec humour une langue pour dire l’héroïsme gonflé au vide de cette guerre sans honneur et charriant avec elle, comme une variation contemporaine de l’épithète homérique, tous les clichés générés par son traitement médiatico-hollywoodien. Pour RELECTURES, a été faite une lecture intégrale de cette épopée, tandis que David Haddad en a improvisé les mondes sonores…

[Montreuil • France]

 

« Il est évident que l’arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes.» KM

In-su-rrec-tion : 4 syllabes… prolonge de vive voix un dialogue épistolaire engagé par deux auteurs — Nathalie Quintane et Jean-Paul Curnier — l’ayant chacun, au préalable, reproduit dans leurs publications respectives — Tomates (P.O.L, 2010) et Prospérités du désastre : aggravation 2 (Lignes, 2014) — afin d’en encourager la dissémination et d’en intensifier l’écho. « Le peuple n’existe plus, l’individualité sérielle de masse l’a remplacé. » versus « Le peuple existe. L’individualité sérielle de masse ne l’a pas remplacé. » : tels sont les termes du désaccord de cette première passe d’armes. Au cœur du débat, la question du peuple (disparu/retrouvé ?) dans ce que l’on nomme « banlieue ». En filigrane, ce que donnent toujours à penser, presque dix ans plus tard, les émeutes de 2005. Entre l’arme de la critique et la critique des armes, Jean-Paul Curnier et Nathalie Quintane nous démontreront que la discussion est un sport de combat « à bâtons rompus »…

dans le cadre de la résidence d’écrivain de Jean-Paul Curnier à l’Espace Khiasma, un programme conduit par le service livre de la Région Île-de-France

[Paris • France]
La performance : un art éphémère qui ne subsiste que par les traces « documentaires » qu’il laisse (photographies, captations sonores ou vidéos, résultats d’actions, témoignages…) et par sa faculté à générer des récits. Le document : l’un des vecteurs matériels de la pensée humaine, ayant valeur explicative, descriptive ou bien de preuve, et nécessitant d’être interprété, mis en lien, réactivé. Cette tension réciproque – documenter la performance/performer le document –, sur laquelle s’exprimeront les commissaires d’exposition Guillaume Désange et Olivier Marboeuf, est au centre du nouveau projet du Musée Commun : La Réserve. Fonds documentaire et archive vivante, basée sur un principe de donation, elle  vise à rendre accessible des processus de travail et des expériences qui ne le sont aujourd’hui que par leur documentation ou leur récit.

[Montreuil • France]

 

soirée de lancement de la résidence de Violaine Lochu au 116
 

La Chanson de Roland est un exemple fameux du glissement qui s’opère de l’Histoire à la légende, lorsque les événements sont pris en charge par un récit dont la portée dépasse leur dimension strictement factuelle. Ainsi, bien que la réalité historique de la bataille de Roncevaux ait été rétablie par croisement de sources documentaires, l’œuvre littéraire qui en procède continue à faire « monument » dans la mémoire et dans la langue. Or, c’est toute une série d’altérations linguistiques que Violaine Lochu lui fait subir, laquelle « ruine » littéralement le texte dans un temps archéologique accéléré. Érosion, fragmentation, sédimentation : ces phénomènes appliqués au langage se déclinent en chuchotements, silences, bruits, chants interrompus. Le poème est donné à entendre sous une autre forme, un autre relief — des aspérités nouvelles, qui laissent entrevoir sa splendeur passée. Dans une vision quasi romantique, le vestige est envisagé ici comme une re-création du langage.

Suite à sa performance, Violaine Lochu a présenté le travail qu’elle mène en résidence au 116 depuis octobre 2014, se proposant de réactiver la pratique antique de l’ars memoriae pour constituer, à travers la contribution des habitants, une mémoire plurielle de Montreuil : un « Palais de Mémoire » sous forme de cartographie, d’édition et d’interventions perforées.

Till R. raconte ses voyages et ceux des autres

[Paris • France] 
RELECTURES ayant souhaité fêter la sortie, courant octobre, d’À propos de quelques points dans l’espace aux éditions Al Dante, Till Roeskens nous propose de retraverser avec lui vingt-cinq ans de voyages, d’explorations et de rencontres. À la façon dont ce livre — qui tient de l’autobiographie, du récit d’aventures, du manifeste et du catalogue raisonné — se propose d’en rassembler les traces, images et témoignages.

 

« Je voudrais tenter de relier entre eux quelques points de la surface terrestre qu’il m’a été donné de connaître, comme on tendrait des fils entre de petits drapeaux sur une carte. Fragments d’une carte possible de ma vie traversée par d’autres vies, assemblés ici non pour me trouver, mais pour comprendre où je me trouve – pour repartir de là. Désirant partager ce bout de route avec vous. »

Pour clore la soirée, Till Roeskens réactivera sa performance de 2002, Till R. raconte ses voyages et ceux des autres, une « conférence-diaporama, comme cela se fait au retour des grands voyages. Mais le voyage en question consistait à prendre le voyage des autres. Faire de l’autostop en continu, pendant deux jours une nuit, sans direction préétablie. Suivre chaque personne qui vous prend jusqu’à sa destination. Continuer droit devant. »

[Paris • France]

Restitution de l’atelier « Discussion avec Jean-Paul Curnier – 4 dates pour une création radiophonique » menés avec les habitants du quartiers Fougères, 20ème arrondissement de Paris au cours de l’année 2014.

Avoir lieu d’être : ainsi pourrait-on énoncer la devise qui est au cœur du projet de la Maison des Fougères. Or, c’est un être-ensemble qu’il s’agit d’abriter en ce lieu. Aussi, afin que les énergies convergent dans l’action, mais également dans la réflexion sur ce que signifie faire « maison commune », Jean-Paul Curnier, philosophe-écrivain-poète — et résidant, lui-même, à l’Espace Khiasma — anima plusieurs séances d’une discussion sur le thème de la chartre. Occasion de poser quelques fondations apparentes au cœur de cette maison encore en chantier, et d’y aménager un atelier de fabrication collective du collectif. La réalisatrice sonore Hélène Cœur y promena ses micros afin que le groupe se ressaisisse de sa parole, la réécoute, la ré-agence et, à partir de cette mise en dialogue des envies et des avis, créé avec son aide, pour la r22-Tout-monde, une polyphonie radiophonique qui n’a pas eu pour vocation à être tout à fait « comme à la radio ». Dans le cadre de RELECTURES, en présence de Jean-Paul Curnier et d’Hélène Cœur, les participants à l’atelier ont ouverts les portes de la Maison des Fougères et nous donner à entendre, autour d’un verre, le résultat de leur travail.

 

dans le cadre de la résidence d’écrivain de Jean-Paul Curnier à l’Espace Khiasma, un programme conduit par le service livre de la Région Île-de-France

[Paris • France]
Avec la complicité des musiciens Yves Robert et Fantazio, le philosophe Jean-Paul Curnier a transformé la médiathèque Marguerite Duras en agora, bateau pirate, arène, cercle de pow-wow. En scène primitive où il a été question des rapports entre prédation et démocratie. Sa résidence à l’Espace Khiasma nous invitait à philosopher de concert avec lui : elle est devenue, pour RELECTURES, un véritable « concert de philosophie » !

Ainsi, juste avant de se concrétiser sous la forme d’un livre, sa réflexion s’est offert, après bien des détours, un autre tour de scène. Le public qui l’accompagna tout au long de l’année se souviendra qu’il y fut question de chasse à l’arc, de destruction de bidonville, de piraterie et de corrida, de Pat Garret et de Billy le Kid. Or, cette façon de concevoir l’exercice de la pensée est au cœur de son projet : non pas comme une démonstration, mais comme un récit d’aventures, un cheminement dans l’espace commun des discussions publiques. Au carrefour de l’anthropologie, de la fiction et de la philosophie politique, Jean-Paul Curnier entreprit donc d’élucider la façon dont les démocraties pouvaient contenir, en germe, ce à quoi l’on considérerait spontanément qu’elles s’opposent. La pratique la plus barbare qui soit, la plus honnie moralement, la moins défendable socialement : la prédation. Relisant les philosophes et reconsidérant l’héritage grec et nord-américain à l’aune de cette intuition, de la conquête de l’ouest à la République de Salé, il développa, au fil des rencontres, l’idée d’une « scène originelle » d’appropriation du territoire et des richesses, que les considérations morales sur le principe d’égalité tendraient à escamoter. Yves Robert et Fantazio ont rejoué cette scène sur scène avec lui, et l’hypothèse freudienne de la « horde primitive » s’est découvert de curieuses affinités avec La Horde sauvage de Sam Peckinpah…

 

soirée de clôture de la résidence de Jean-Paul Curnier à l’Espace Khiasma, dans le cadre du programme de résidences d’écrivains conduit par le service livre de la Région Île-de-France